Une Vie, voire Deux, tome 6 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy heroic

Note : 4.6 / 5 avec 261  critiques littérature

Le début de l'histoire

Résumé du tome 5 - La Porte des Temps

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis les dernières batailles de Wallanie et la disparition de la magie. Depuis, à Antan, Aila et Pardon ont mené une vie tranquille avec leurs deux enfants, Naaly et Tristan, aujourd’hui adolescents. Pardon s’occupe avec Bonneau, son beau-père, et Hang, son ami, du manège de la ville. Bien loin d’Avotour, la prêtresse Ozyrile est prête à tout pour corriger les erreurs du passé. Dans ce but, elle a recréé une porte des temps dont une pièce lui manque encore : la clé qui l’activera. Alors qu’elle cherche qui pourrait lui apporter les connaissances nécessaires, son choix s’arrête sur celle qu’elle suspecte d’avoir été La Dame Blanche pendant les ultimes combats, mais qui ne ressemble plus du tout à un être de toute puissance. Entre une fille rebelle et un fils transparent, seul le mari trouve grâce à ses yeux. Mais, pour l’instant, elle se contente de la compagnie de Marin, son homme à tout faire, pour satisfaire tous ses désirs… Depuis plusieurs mois, Aila se sent ballottée entre ce troisième enfant qu’elle souhaite et qui se refuse à elle, les difficultés de son couple et sa relation compliquée avec Naaly. Le trouble devient si profond qu’elle s’en va d’Antan sans prévenir quiconque. En chemin, elle croise une vieille femme qui lui offre plusieurs présents, dont une pierre noire que cette dernière attache autour de son cou. Dès le lendemain, Aila a tout oublié de son pendentif à présent invisible sur sa peau, ainsi que des paroles effrayantes de son interlocutrice sur son avenir. Pensant que sa mère ne les a pas quittés de son propre chef, Tristan s’enfuit. Pardon part à sa poursuite, accompagné de Naaly et de Hang. Arrivé à Avotour, Pardon décide de laisser les adolescents sous la garde de Bonneau et reprend la route avec Hang sur les traces de son épouse. Malheureusement, Tristan échappe à la surveillance de son grand-père, bientôt suivi par Sekkaï, puis Merielle, les enfants de Sérain et Lomaï d’Avotour, et Naaly. Attaquée par des brigands, Aila se sépare de Lumière, sa jument, et, après une chute et un choc à la tête, perd la mémoire. Clara et Pierre la recueillent et elle retrouve des réflexes anciens comme celui de se battre avec son kenda.

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Trompés par des traces qui s’entremêlent, Pardon et Hang privilégient la piste de Lumière. Pénétrant dans le repaire d’un bandit qui écume Avotour, le Loup, les deux hommes parviennent à libérer le cheval tout en dévastant le lieu ; le Loup meurt de la main du Hagan. Pendant ce temps, Tristan et son groupe ne commettent pas la même erreur que Pardon et se dirigent vers l’ouest. Découvrant la disparition des enfants, dont ses jumeaux, Lomaï, assistée de Bonneau et d’Aubin, le frère d’Aila, part à leur recherche. En chemin, Manier, un noble qui fréquente occasionnellement la forteresse, leur propose de se joindre à eux. La reine, rappelée à Avotour, confie à Bonneau et Aubin le soin de poursuivre cette mission. En compagnie de Manier, elle revient juste à temps pour accompagner son mari dans ses ultimes heures.

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Après quelques jours passés chez Clara et Pierre, Aila se sent mieux et songe à reprendre la route. Pour la remercier de tout ce qu’elle leur a apporté, Clara et Pierre lui offrent le cheval de leur fils décédé, Souffle. Attirée par le pays Hagan, elle met le cap vers l’ouest. En raison de la mésentente entre Naaly et les garçons, le groupe éclate. Pendant qu’une partie continue sa quête, la jeune fille retourne sur ses pas jusqu’au moment où Hang la repère. Contrainte et forcée, elle rejoint son père, tandis qu’à eux trois s’ajoutent presque simultanément Aubin et Bonneau. Toujours sur les traces d’Aila, ensemble, ils rencontrent Clara et Pierre qui leur apprennent qu’ils ont croisé les adolescents et leur indiquent la direction empruntée par Aila, privée de sa mémoire. Ils leur confient Lumière. Pendant ce temps, à la forteresse d’Avotour, après l’inhumation de son mari et sous l’impulsion d’Adrien, Lomaï décide d’effectuer la recherche de ses enfants elle-même ; Manier lui propose de l’accompagner.

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Dénuée de souvenirs, Aila se sent revivre en pays Hagan, ressentant un souffle intérieur comme le réveil d’une seconde personnalité. Au fur et à mesure de leur progression, sous les regards étonnés des jumeaux, l’attitude de Tristan se modifie ainsi que son aspect physique : derrière son habituelle allure transparente jusque-là se révèle une insoupçonnable maturité. Bientôt arrivent les retrouvailles avec Pardon qui le talonne. Malheureusement, le père et le fils s’affrontent aussitôt quand le premier veut rentrer en Avotour et que le deuxième s’y oppose. La situation se complique nettement au moment où Sekkaï et Merielle prennent le parti du garçon et encore plus quand Pardon, soucieux de comprendre Tristan, apprend que la magie n’a jamais disparu… Si, pour son père, le choc est rude, particulièrement en songeant à sa femme qui désirait protéger ses enfants de son emprise, pour Naaly, il relève du traumatisme. Alors qu’elle déteste ouvertement son frère, elle refuse que cet avorton et ses pouvoirs éclipsent son émérite talent de combattante. Le lendemain, elle déserte le groupe et repart vers Avotour, tandis que, la mort dans l’âme, Pardon se résout à poursuivre sa route sans elle. Bientôt, Naaly change d’avis et choisit de les suivre sans se faire repérer.

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Aila continue son périple en pays Hagan, cherchant dans la dépense physique un exutoire à sa mémoire défaillante, malgré la remontée aléatoire de bribes de souvenirs. Quand elle voit une contrée montagneuse inconnue perdue dans les brumes sur l’horizon, elle décide de s’y rendre. En chemin vers la Wallanie, chaque jour un peu plus elle fuit la compagnie des hommes. De son sac tombent les clochettes de Topéca ; sans identifier leur origine, elle les range dans sa poche. Alors que les ultimes participants à la quête viennent d’arriver en les personnes de Lomaï et Manier, Hang, désireux ne pas manquer la naissance de son premier enfant, profite de son retour vers Avotour pour faire la leçon à Naaly ; cette dernière rallie leur destination quand celui-ci entame sa descente en Brucie pour rejoindre le Guerek. Au cours d’une pause, Pardon annonce à sa fille son rôle de clé dans la guerre en Wallanie.

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Si le regard de la sœur change peu à peu sur son frère, en revanche, Naaly continue de détester ouvertement le prince. Lorsque la troupe se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Entik et Kerdal, il se jette dans une rivière pour se soustraire à la charge d’une armée sur leur piste. Emportés par le flot, Naaly et Sekkaï sont séparés du reste du groupe. Contre toute attente, cette situation périlleuse révèle les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Après avoir sauvé Naaly grièvement blessée dans un éboulement, Tristan, pour se ressourcer, tombe jusqu’à la source de la magie et y perçoit la présence d’une ennemie, une femme grimée à laquelle cette entité bienveillante lui permet d’échapper. Il met en garde son père contre elle et lui recommande de ne pas utiliser ses pouvoirs tant qu’ils ne l’ont pas identifiée. Arrivée au Guerek, Aila rencontre le roi spectral, un homme dont les os ont été brisés bien des années auparavant. Au cours de la soirée passée avec lui, la mémoire lui revient et elle décide de retourner en Avotour retrouver les siens. Le lendemain, alors qu’elle est sur le point de partir, la sœur du souverain la rejoint et lui demande d’apporter une bourse à une herboriste de sa connaissance. La combattante accepte. Parvenue au domicile de cette dernière, elle est piégée par cette femme qui veut obtenir d’elle les renseignements qui lui manquent et explore son esprit à leur recherche. Comprenant les intentions d’Ozyrile, Aila protège à toute vitesse le savoir auquel celle-ci ne doit pas accéder. Par vengeance, la prêtresse efface la totalité des autres souvenirs de sa prisonnière. Réduite à néant, uniquement portée par l’envie instinctive de fuir, Aila arrive à s’échapper. Tristan l’aperçoit au loin et, avec Pardon et Naaly, tente de la rattraper. Elle se faufile dans un conduit et, à peine dans la grotte, la paroi devant elle s’éclaire. Réagissant comme un animal effrayé par les bruits qu’elle entend, elle passe au travers des ondes circulaires.

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La suivant, Tristan et Pardon s’engagent dans le couloir, tandis que Naaly, juste derrière, ramasse des clochettes tombées dans l’herbe. Quand elle pénètre dans la grotte, la porte se rallume et, ensemble, le père et ses deux enfants la franchissent.


Début du tome 6 - Une Vie, voire Deux

Quand La Porte des Temps s'illumine sous les yeux de son gardien, ce dernier doit admettre qu'elle a apporté en Guerek un invité très particulier, enfin, une invitée pour être précis. Face au dédain profond de son neveu, Kerryen, à la tête du royaume, Inou, intendante de la forteresse d'Orkys, prend la situation en mains et décide de s'occuper de cet être presque réduit à un état animal. Au passage, elle embauche Amaury, un soldat de la garnison, ravi de cette aubaine qui lui offre une notoriété imprévue.

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Alors que Kerryen s'interroge sur les agissements d'un empereur noir dont l'armée se rapproche de son pays, Inou, comme à son habitude, dispose de toutes les réponses : il doit réunir au plus vite les souverains des royaumes frontaliers pour organiser une défense commune. De plus, il devrait songer à se marier. S'il reconnaît la validité de la première proposition de sa tante, il refuse d'envisager la seconde ; un seul mariage a largement suffi à le dégoûter définitivement des femmes.

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Malgré tous les soins apportés par Inou et Amaury, la femme arrivée par la porte demeure un corps déserté par tout esprit perceptible, même si, peu à peu, les hématomes de sa peau s'effacent et ses blessures se referment.

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Kerryen entreprend de convier chacun de ses voisins à une grande réunion dans la forteresse d'Orkys. S'il lui paraît simple de convaincre les rois du Pergun et de la Brucie, il se retrouve à ruser pour obtenir l'adhésion du souverain du Kerdal et, en particulier, Eddar le Grand, à la tête de l'Entik. Ce dernier convoitant la porte, il songe que cette femme pourrait représenter un subterfuge suffisant pour l'attirer jusqu'à Orkys.

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Quand Amaury égare son poignard, accompagné de la femme, il retourne à l'écurie et, à peine le temps de le récupérer, découvre qu'elle a disparu. Totalement affolé, il finit par la retrouver en tête-à-tête avec l'impossible étalon de Kerryen, d'un calme remarquable en sa présence.

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Inou, pour la première fois de sa vie, ressent la charge de la gestion de la forteresse sur ses épaules et s'aperçoit qu'elle aspire à changer de vie. Peut-être pourrait-elle rendre visite à ses amis d'enfance... Mukin, herboriste, disposerait éventuellement de baumes susceptibles d'atténuer les cicatrices sur la peau de sa protégée. Confiant peu à peu l'intendance d'Orkys à son assistante, elle prépare son départ.

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Anmarie, De plus en plus fort

Je pensais que je ne pourrais plus être étonnée par le personnage d'Aila… depuis le temps que je la suis…
Je peux dire, aujourd'hui, qu'Ellah m'a littéralement transportée.
Où Catherine Boullery va-t-elle chercher toutes ces aventures, ces descriptions ? avec un souci du détail tellement poussé ?
Encore MERCI Catherine - Vivement la suite !!!
Anmarie

Sur UPblisher
Client Amazon, Une Vie, voire Deux…

Un tome quelque peu surprenant, puisque l'on ne peut s’empêcher de chercher les parallèles et les liens qui unissent les différentes parties de l'univers créé par Catherine Boullery et un acte final qui nous laisse dans l'attente… Vivement la suite, l'attente sera longue !

Sur Amazon

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Elle vérifia que Lumière s’était fondue dans l’ombre avant de s’approcher de l’habitation avec circonspection. Qu’est-ce qui l’attirait donc dans cette maison, modeste et de guingois, probablement constituée d’une grande pièce à peine meublée, d’une cheminée étroite dont l’âtre serait vide et d’une table sans nourriture ? Elle hésita à se manifester à la porte, puis choisit de frapper avant d’entrer sans attendre la réponse. Elle poussa doucement le battant, essayant d’habituer ses yeux à la pénombre. Elle détecta l’odeur d’une chandelle de suif que l’on venait d’éteindre, puis un mouvement à l’autre bout de la pièce.
— Je désirerais vous parler, expliqua-t-elle. Rallumez votre bougie, je ne vous veux aucun mal…
Un léger craquement se fit entendre et la lumière de la chandelle déploya sa lueur blafarde dans la maison. Devant elle, une jeune femme aux longs cheveux noirs, lisses et épais, juste vêtue d’une robe rapiécée de toute part, la dévisageait de ses yeux noirs et étirés.
— C’est vous qui avez tenté de tuer le roi ?
La jeune femme hocha la tête.
— Pourquoi ?
— Comment m’avez-vous trouvée ?
— Vous n’allez certainement pas me croire, votre maison m’a appelée et j’ai su que je devais y revenir… Je ne pourrais vous l’expliquer autrement.
— Qu’avez-vous l’intention de faire de moi ?
— Pour l’instant, rien, je veux juste comprendre.
— Alors, mettez-vous dans la tête que je recommencerai jusqu’à ce qu’il meure pour le mal qu’il a causé ! J’en ai prêté serment et je le respecterai !
— Prenez au moins la peine de m’expliquer à qui vous avez fait ce serment et pourquoi.
Les deux femmes restaient debout, se toisant l’une l’autre. Aila n’avait jamais rencontré une personne de son gabarit qui la surpassa, mais là, elle se doutait qu’elle n’aurait pas forcément le dessus dans un combat contre elle… Alors, autant essayer de l’éviter…
— Je m’appelle Lomaï. Ma mère, originaire de la Wallanie du Nord, y fut princesse avant de finir servante ici. Son histoire est celle d’une femme abusée, puis abandonnée.
— Où intervient le roi dans la vie de votre mère ?
— Je suis sa fille.
Un hoquet de surprise secoua Aila. Cela ne collait pas à l’image que Sérain lui donnait, mais, après tout, si les princes se comportaient comme des goujats, pourquoi pas leurs pères ?
— Est-ce votre mère qui vous l’a appris ?
— Oui, avant de mourir, et elle m’a fait jurer de la venger de l’affront commis par mon père envers elle et envers moi.
C’était quoi cette histoire incroyable qui semblait tout droit sortie d’un mauvais conte ? Aila se secoua. Pour le coup, les pièces de l’intrigue ne s’emboîtaient pas, mais alors pas du tout !
— Avez-vous supposé un instant que votre mère aurait pu vous mentir ?
— Non !
Mais la réponse fusa trop vite, comme préparée d’avance, et Aila sut que la jeune Wallane avait douté.
— Est-ce elle qui vous a enseigné l’art du combat ?
Lomaï opina brièvement.
— Et à vous servir d’une arbalète aussi ?
— Oui. Elle a été un excellent maître et une mère merveilleuse. Elle m’a élevée seule, se tuant à la tâche pour moi, jour après jour. Elle m’a toujours dit que je devais apprendre à me défendre contre les hommes, pour que je ne finisse pas comme elle…
— Je la comprends. Vous a-t-elle explicitement nommé le roi dont elle voulait se venger avant sa mort ?
— Elle parlait de Sérain !
— Lomaï, a-t-elle cité son nom ?
La jeune femme secoua la tête.
— Elle vous a confié son secret quand elle déclinait, n’est-ce pas ? Parce que vous l’exhortiez à vous révéler la vérité… Et elle vous a avoué, dans un dernier souffle, la responsabilité d’un souverain. Et comme vous n’en avez jamais vu d’autres que lui, vous vous êtes convaincue que la vengeance que vous deviez accomplir au nom de votre mère passait par ce crime.
Véhémente, Lomaï secouait la tête.
— Je n’ai pas pu me tromper. Elle parlait de lui !
— Vous ne connaissez que lui ! Que savez-vous de la Wallanie ?
— Rien. Mère ne s’exprimait plus sur ces histoires anciennes.
— Si elle avait aimé son pays, elle vous l’aurait raconté ! Elle cherchait peut-être à l’oublier parce que les souvenirs qu’elle en conservait lui rappelaient des temps pénibles…
Lomaï s’effondra.
— J’aurais tué le mauvais roi ! s’exclama-t-elle d’une voix blanche. Je me serais trompée de roi… Qu’ai-je fait ?
— Reste à s’assurer laquelle de nos histoires, la vôtre ou la mienne, est la bonne… Connaissez-vous d’autres exilés de Wallanie à Avotour ?
— Maman avait juste conservé un vieil ami qui tient un atelier de couture dans le centre-ville.
— Comme je vois votre sac empaqueté derrière le lit, prenez-le, nous y allons…
Lomaï afficha son premier sourire.
— Vous êtes sacrément observatrice…
Aila le lui rendit et sortit de la pièce. Elle appela Lumière, l’enfourcha et tendit la main à Lomaï pour l’installer en croupe. La jeune Wallane roula des yeux affolés.
— Je ne suis jamais montée à cheval !
— Quelle idée ! Vous volez au-dessus des toits, dominez les combats à mains nues, vous glissez dans un trou de souris et vous avez peur d’une grosse bête. Allons donc ! Grimpez et tenez ma taille bien serrée.
Peu rassurée, Lomaï s’exécuta.
— Au fait, je m’appelle Aila. Quel est le meilleur chemin pour regagner l’échoppe de l’ami de votre mère ?
Un petit geste de la main lui pointa la direction à suivre et elles remontèrent au pas vers le centre de la ville haute.
— C’est là, indiqua Lomaï, une fois qu’elles furent parvenues à destination.
— Allez-y, je vous attends.
— Vous ne venez pas avec moi ?
— Non, j’ai confiance, je sais que vous reviendrez…

Pour s’occuper, Aila observa les différentes boutiques de la rue, en repérant une qui vendait des armes aussi diverses que poussiéreuses. Le brave homme qui la tenait ne devait pas souvent nettoyer son étal et encore moins conclure d’affaires ! Par curiosité, elle entra dans l’échoppe et, fouillant par-ci, par-là, marqua sa surprise en dénichant un kenda crasseux :
— Alors ça ! dit-elle, en le prenant pour l’examiner.
— Je vois, je vois, vous aimez les bâtons. Celui-ci est ancien, très ancien. Il est très précieux et…
— … et surtout d’une saleté repoussante ! coupa-t-elle. Comment osez-vous vendre des produits dans un si piètre état ?
Le vieil homme se sentit vexé.
— Je vends des antiquités avec leur histoire, moi ! Mais s’il ne vous intéresse pas, vous pouvez le reposer et passer votre chemin.
— Je vous en donne dix arsequins.
— Quoi ! Mais il coûte au moins un sequin !
— Au prix de la crasse, peut-être, mais, moi, je n’achète que le bâton !
— Un demi-sequin ! Mon dernier prix !
— Quinze arsequins et il n’en vaut pas plus !
Devant le manque de réaction du marchand, Aila le déposa.
— Quel dommage ! Moi qui voulais l’offrir au roi… Bon, au revoir, brave homme.
— Attendez un peu ! Vous vouliez l’offrir au roi ?
— Puisque je vous le dis ! Il a aimé mon combat sur les toits hier et désirait un bâton comme le mien. Mais tant pis, il s’en passera jusqu’à ce que j’aille lui en chercher un à Meillan…
— Ah ! c’était vous… Toute la ville ne parle que de vous et de votre bâton. Est-ce que vous pourriez l’informer que vous l’avez trouvé chez moi ?
Le vieil homme était appâté.
— Naturellement. Et je lui indiquerai votre échoppe comme une caverne aux merveilles !
— Alors, je vous le donne. Dites à notre suzerain que c’est un présent de ma part, voulez-vous. Je me nomme Gatus Koui et je suis le propriétaire de cette boutique, se rengorgea-t-il.
Aila se sentit gênée. Elle désirait juste le payer quinze arsequins et non l’obtenir gratuitement. Il fallait bien que ce brave vendeur gagnât sa vie…
— Salutations, Gatus Koui. Je ferai part de votre cadeau au souverain, je vous en donne ma parole.
Le vieil homme lui tendit avec fierté le kenda qu’elle empoigna. Elle le salua et sortit dans la rue où elle vit la jeune Wallane qui l’attendait sagement, au côté de Lumière.
— Vous aviez raison, l’histoire est loin d’être celle que j’avais imaginée…
— Que comptez-vous faire, Lomaï ?
— Je vous accompagne au château pour me livrer. Mère aurait été horrifiée par l’erreur que j’ai commise. Elle était fière et honnête et je ne veux pas entacher son souvenir en me comportant lâchement.
— Venez, je vous emmène. Nous irons parler ensemble au roi.

Malheureusement, les choses ne se passèrent pas du tout comme prévu. Aila avait sauté le repas du midi sans s’en apercevoir et fut surprise par l’accueil plus que glacial qu’elle reçut. Croisant Aubin, elle lui confia Lomaï et les kendas avant de rejoindre le bureau du roi. Elle frappa et entra à sa demande pour se retrouver également en face d’Hubert, assis à la droite de son père.
— Mais où étiez-vous passée ? s’exclama Sérain, fort mécontent. En aucun cas, vous ne devez quitter le château sans prévenir de votre destination et sans acquérir au préalable la certitude de ne pas être engagée ailleurs !
Elle encaissa les reproches sans broncher, baissant la tête en signe d’acceptation.
— Je suis consciente d’avoir commis une grave erreur, sire. Elle ne se reproduira plus.
— Bon, très bien. Passons à la suite. Hubert m’a retransmis vos décisions de ce matin et le plan que vous avez élaboré ensemble.
— Pardonnez-moi, sire. Je vous dois la vérité, je n’ai rien choisi.
Sérain se figea, son visage manifestant visiblement son mécontentement croissant. L’homme pouvait ne pas être commode.
— Votre fils m’a énoncé ce qu’il avait décidé et comment il comptait le réaliser. Il n’y a jamais eu la moindre discussion et je n’ai pas été écoutée lorsque j’ai exprimé mon désaccord. C’était pour cela, et je croyais que sire Hubert vous l’aurait précisé, que je lui avais suggéré de choisir soit un autre partenaire pour l’accompagner, soit de me laisser partir avec Avelin quand il sera prêt. Lui, au moins, acceptera de s’appuyer sur mes connaissances pour que la mission réussisse, alors que, là, elle est vouée à l’échec.
L’aspect sévère de Sérain s’accentua. Elle observait le visage du roi dont les traits crispés avaient perdu toute bienveillance.
— Je déplore votre attitude fort impertinente, Aila. Cependant, vous devant la vie, je vous laisse une dernière chance de me l’expliquer avant de vous réexpédier à Antan.
Elle encaissa durement cette menace de renvoi, mais elle ne faiblit pas, malgré son cœur qui se serrait.
— Sire, quiconque connaît un minimum les Hagans sait qu’ils ne demeurent jamais au même endroit plus de deux ou trois semaines. Si vous voulez vous débarrasser du chef hagan, il faut à la fois trouver son camp et l’éliminer à ce moment-là, car, si vous y retournez quelques jours plus tard, la place aura été évacuée. Ils sont extrêmement doués pour disparaître dans la nature sans laisser la moindre trace.
— Et de quelle source sûre, vous qui n’avez sûrement jamais mis les pieds en Hagan, tirez-vous ces renseignements infaillibles ?
— De Bonneau, mon père qui les a combattus et qui n’a jamais cessé de surveiller ce qu’ils devenaient, par crainte de les voir revenir en Avotour. Il a déjà effectué deux incursions récentes en territoire hagan, dont une l’année dernière. C’est vrai qu’il ne m’y a jamais emmenée, mais il m’en a beaucoup parlé et je connais toutes leurs coutumes…
Le regard de Sérain se tourna vers son fils.
— Étais-tu au courant de ces faits ?
— Non, père. J’ai pris une décision à partir des informations rapportées par Adrien.
— Tout seul ?
— Oui, père, affirma Hubert, sans baisser les yeux.
Le souverain se fâcha pour de bon.
— Vous deux ! Débrouillez-vous comme vous le voulez, mais vous partirez ensemble, que cela vous plaise ou non ! Est-ce clair ? Deuxième chose : demain, Hector arrive et je crains qu’il ne soit pas dupe du grand amour régnant entre vous s’il vous voit prêt à vous étriper au moindre échange. Alors, là encore, débrouillez-vous comme vous le voulez, mais, demain, je veux un couple d’amoureux crédible. Et c’est un ordre ! Au travail…
Hubert et Aila échangèrent un coup d’œil glacial et le prince décida de sortir le premier.
— Sire, puis-je vous entretenir encore un instant ?
— Si c’est pour me parler de mon fils, c’est inutile !
Malgré son ton sans appel, il semblait avoir retrouvé son calme. Elle en profita pour insister :
— Non, sire, c’est extrêmement urgent. J’ai ramené une personne au château qui doit partager avec vous un aveu grave.
— Et où est-elle ?
— Dans le couloir avec Aubin.
— Qu’elle entre !
Elle partit chercher la jeune Wallane, qui patientait avec Aubin, et la fit rentrer dans la pièce où cette dernière s’agenouilla, sa tête touchant humblement le sol en signe de contrition.
— Qui êtes-vous et que désirez-vous ?
Sans relever la tête, elle répondit d’une voix modérément tremblante, mais claire :
— Je suis Lomaï Ataï. Voulant venger ma mère pour un affront dont je vous croyais responsable, je suis celle qui a tenté de vous assassiner hier. Ma conduite est impardonnable et votre sentence sera la mienne.
Aila prit peur. Le regard de Sérain était devenu terrifiant. Elle n’aurait pas dû emmener Lomaï auprès du roi aujourd’hui. Hélas ! C’était trop tard…
— Est-ce vous qui avez tué ma femme et ma fille ?
— Non, seigneur. Ma vengeance ne concernait que vous et je n’ai porté atteinte à votre vie qu’une seule fois, hier.
— Connaissez-vous le sort réservé à ceux qui attentent à la vie d’un membre de la famille royale ?
Impassible, Lomaï leva son beau visage vers le souverain. Elle ne pleurait pas, elle ne suppliait pas, elle n’espérait même plus.
— La mort par décapitation.
— Alors, tel sera votre destin à l’aube…
— NON !
Le cri avait jailli de la gorge d’Aila.
— Ne faites pas cela, sire !
— Aila, cette décision ne vous regarde en rien ! Taisez-vous !
Aila ne réfléchit pas. Elle plaça un genou au sol, croisa un bras sur sa poitrine et, d’une voix rendue rauque par l’émotion, elle récita ce qu’elle avait appris dans les livres d’Hamelin :
— Alors, je sollicite de mourir à la place de votre ennemie. Que ses erreurs lui soient pardonnées et qu’elle retrouve la dignité qu’elle n’aurait jamais dû perdre…
— Aila, non, gémit Lomaï. Mon roi, ne faites pas cela !
— C’est votre choix, Aila ? questionna Sérain, son regard réprobateur rivé sur la jeune fille.
La gorge nouée, elle leva les yeux vers lui.
— C’est mon choix, sire.
— Gardes ! Emmenez Aila Grand et enfermez-la au cachot. Elle sera décapitée dans la cour du château demain à la première cloche tapante.
La porte était restée ouverte. Tandis que les soldats l’embarquaient, elle croisa furtivement le regard horrifié d’Aubin qui avait surpris l’énoncé brutal de sa sentence.
— Prends soin de Lomaï, lui souffla-t-elle.
Son frère, pétrifié, la vit disparaître, entraînée comme une criminelle…

Aila atterrit dans un cachot sombre et malodorant, ne se doutant pas de l’émoi qu’elle avait provoqué dans le château. Assise sur une paille pouilleuse, elle regardait, sans les remarquer, les murs noirs de crasse qui se dressaient comme un carcan tout autour d’elle. Elle n’était plus qu’une coquille vide, dépourvue de sentiments. Et pourtant, elle frémit lorsqu’elle imagina la hache qui s’abattrait sur son cou. Est-ce que cela lui ferait mal ? Le bourreau allait sûrement lui couper les cheveux. Elle l’avait entendu dire, car elle n’avait jamais voulu assister à une exécution. C’était parfaitement abominable de participer à la mise à mort d’un homme en place publique… Au moins, sa fin se passerait discrètement dans la cour du château. Pour le coup, Barou pourrait jubiler de ne plus avoir de fille et Bonneau !… Par les fées, Bonneau… Lui qui avait tiré une telle fierté de sa fille, saurait-il qu’elle avait choisi de donner sa vie par esprit de justice ? Elle allait décevoir tous les gens qu’elle aimait et elle ne serait plus là pour protéger Aubin… Et les fées ! Elle les avait oubliées ! Plus personne ne pourrait les sauver ! Qu’avait-elle fait ? Le monde courait à sa perte par sa faute. Par les fées, elle allait mourir ! Elle avait déjà frôlé la mort à deux reprises, mais ce n’était pas semblable. La première fois, elle n’avait pas été vraiment effrayée. En revanche, lorsqu’elle s’était rendu compte qu’elle allait tomber dans le vide, là, elle avait eu carrément peur. Et Hubert l’avait sauvée… Hubert… Abruti ! Elle décédée, il pourrait exécuter ses missions comme il le souhaitait et les saboter simultanément ! Bouffon ! C’était ce à quoi il allait ressembler quand il annoncerait à ce cher Hector que sa promise avait fini décapitée le matin même ! Goujat !
Aila, qui pensait ne plus rien ressentir, éclata en sanglots. Elle pleura toutes les larmes de son corps, puis s’enferma dans un monde intérieur d’insensibilité. Elle n’entendit même pas le bruit du geôlier qui vint déposer l’écuelle de nourriture dans la pièce. Comme un dernier témoignage de son existence, elle envoya de toutes ses forces une onde d’amour à ceux qu’elle aimait avant de s’assoupir.


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